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Le parcours aveugle

  • brigitte326
  • 17 juil.
  • 3 min de lecture
Un tronc d'arbre suspendu par des chaînes au-dessus d'une rivière.
Un tronc d'arbre suspendu par des chaînes au-dessus d'une rivière.

Le soleil filtrait à travers les grands pins de la forêt de la base de plein air, mais pour Steve, 10 ans, l'ambiance était plutôt sombre. Quand son prof avait annoncé les duos pour l'activité d'hébertisme, le verdict était tombé comme une enclume : il faisait équipe avec George.


George. Le king de la récré, celui qui passait son temps à bousculer Steve dans les corridors, à se moquer de ses lunettes et à lui faire la vie dure depuis la rentrée.


Leur défi du jour ? Le parcours aveugle.


Le principe était simple, mais terrifiant pour Steve : l’un des deux devait porter un bandeau sur les yeux, et l’autre devait le guider à la voix à travers un parcours d'obstacles parsemé de racines, de cordes, de troncs suspendus et de fossés.


Le choc des rôles


Contre toute attente, le tirage au sort désigna George comme l'aveugle. Steve, lui, serait le guide.


Quand George attacha le bandeau noir autour de sa tête, Steve vit une chose qu'il n'aurait jamais cru possible : le grand George, d'ordinaire si fier et arrogant, se mit à trembler légèrement des mains. Privé de la vue, le « bully » de l'école venait de perdre sa carapace.

« Bon... t'as pas intérêt à me faire planter, Steve », marmonna George, la voix moins assurée qu'à l'habitude.

Steve ressentit une brève tentation. C’était la chance rêvée de se venger, de le laisser foncer dans un arbre ou de le faire trébucher dans la boue. Mais en regardant George chercher le vide de ses mains tendues, Steve ne ressentit que de l'empathie. Il savait ce que ça faisait d'avoir peur et de se sentir vulnérable.


L'épreuve du terrain


Le parcours commença. Dès les premiers pas, George manqua de perdre l'équilibre sur une grosse racine.


  • « Attends ! Stop, George ! » lança Steve d'un ton calme mais ferme. « Fais un grand pas vers la droite. Il y a une grosse souche. Vas-y doucement. »


  • George hésita, tâtonna du pied, puis franchit l'obstacle. « C'est beau, tu l'as passée. Maintenant, marche droit devant, sur environ cinq pas. »


Au fil des minutes, une dynamique étrange s'installa. George, qui n'obéissait jamais à personne, écoutait chaque mot de Steve comme s'il s'agissait d'une question de survie. Sa vie dépendait entièrement de la voix de celui qu'il tourmentait la veille.


Le moment de vérité


Le véritable test arriva à la moitié du parcours : le tronc suspendu. Il fallait traverser un ruisseau boueux en marchant sur un tronc d'arbre oscillant, retenu par des chaînes.

George se figea net devant le vide. « Je le sens pas, Steve. Je vais tomber. Laisse faire, on abandonne. »


Steve s'approcha et, brisant la règle qui interdisait le contact physique sauf en cas de besoin, prit délicatement le bout des doigts de George.

« Je te tiendrai pas la main tout le long parce qu'on a pas le droit, George, mais je suis juste là. Je vais te dire exactement où mettre tes pieds. Fais-moi confiance. On lâche pas. »

Pendant deux minutes qui parurent durer des heures, la voix de Steve fut un fil d'Ariane :


  • « Tourne ton pied gauche vers l'intérieur... »

  • « Le tronc bouge un peu, attends que ça s'arrête... »

  • « Encore un pas, le plus grand possible... »


Quand le pied de George toucha enfin la terre ferme de l'autre côté, il laissa échapper un immense soupir de soulagement. Il arracha son bandeau, les yeux un peu brillants, et regarda Steve comme s'il le voyait pour la toute première fois.


Un nouveau départ


Le reste de la journée d'hébertisme se passa dans une ambiance étonnamment détendue. George ne ratait pas une occasion de dire aux autres que Steve était « le meilleur guide du camp ».


Le lundi suivant, de retour à l'école, Steve ressentit la petite boule d'anxiété habituelle en entrant dans la cour de récréation. George était là, entouré de sa bande. En voyant Steve approcher, George se détacha du groupe.


Steve se figea, s'attendant à une mauvaise blague pour faire oublier l'épisode de la forêt. Au lieu de ça, George lui fit un léger signe de tête et un sourire complice.

« Salut Steve. Prêt pour le contrôle de maths ? »


Ce n'était pas de grandes effusions, mais le message était clair. Le mur entre le bully et sa victime s'était effondré dans les bois. Guidé par la voix et la bienveillance de Steve, George avait appris que la confiance était bien plus forte que l'intimidation.

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